Les facteurs historiques et sociétaux des conflits au sahel et l’enjeu inter-ethnique

Les enjeux historiques et de société constituent une source de conflictualité très importante au Sahel.  Les enjeux contemporains ne suffisent plus pour appréhender les rivalités entre communautés de l’espace sahélo-saharien. Beaucoup de blessures n’ont pas été cicatrisées et les trahisons inter-claniques existent dans le subconscient de certains groupes d’individus.

Sur le plan historique, les trois pays (Burkina, Mali, Niger) ont en partage des communautés de part et d’autres de leurs frontières héritées de la décolonisation et n’ayant pas pris en compte les aires de production et de pâturage en commun. Cela a limité la circulation des personnes et leurs biens, les caravanes, le commerce, la transhumance et le nomadisme. Conséquences : beaucoup de groupes ethniques ont dû se sédentariser ou faire du surpâturage sur des sols de moins en moins fertiles à cause du changement climatique notamment.

Ainsi au Nord du Mali, la vie dans le Gourma (côté sud du fleuve Niger) semble plus attiré les communautés nomades qui dans l’histoire étaient les maîtres du Sahara (extrême nord du fleuve Niger en allant vers l’Algérie). Cette migration interne a sensiblement hétérogénéisé la répartition démographique (notamment entre les années 1987 et 1998). Les pasteurs nomades de la zone de Bourem (comme ceux du village de Baria de peau noire) préfèrent aller dans le Gourma où le sol est plus fertile. De ces préférences géographiques naissent des nouvelles rivalités entre peau noire et peau blanche pour le contrôle de territoire et la survie communautaire. Cela nécessite la protection d’aires de pâturage pour le cheptel et d’autre part la résistante face aux agressions extérieures. Ce climat de méfiance et d’insécurité engendre des altercations violentes mais sporadiques. Ce même climat règne au Nord du Burkina dans le Djelgodji comme au centre du Mali dans le Seeno.

  • Conflits entre communautés de peaux blanche et noire

Les rivalités entre les communautés de race différente existe depuis des siècles dans cette région de l’Afrique. A Gao comme à Tombouctou au Nord du Mali, l’activité économique est dominée par les commerçants arabes. Ce qui leur donne un certain monopole sur le contrôle du territoire et une forte influence politique et économique. Les Songhay ayant une attache historique particulière à ce territoire pour l’avoir fondé au XVème siècle revendiquent un contrôle légitime de celui-ci. Le souvenir du démantèlement de l’empire Songhay par le pacha Djouder, sultan marocain, étant toujours là. Les touaregs dont le mode d’action politique a toujours été la guerre, l’usage de la force se voient considérablement affaibli sur le plan politique et militaire et peinent à rebondir.

Déjà en 2007 à la suite de la reprise de la rébellion touarègue au Nord du Mali en 2006, l’apparition du mouvement d’auto-défense Ganda Iso (les fils du territoire), puis la remise en activité de la milice Ganda Koy ont rappelé les conflits des années 1990. Après la crise de 2012, le Collectif des ressortissants du Nord (COREN) et l’Alliance des communautés de la région de Tombouctou (ACRT) ont été mis sur les fonts baptismaux pour contrecarrer le discours  sécessionniste des mouvements rebelles comme le MNLA (le Mouvement national de libération de l’Azawad) qualifié de mouvement « terroriste et criminel » par les premiers.

Ces mouvements d’auto-défense des communautés de peau noire (Songhoy, Touaregs noirs ou Iklans, Peulhs…) portent un discours plus radical aujourd’hui. Outre le fait qu’ils estiment défendre l’intérêt de toutes les populations sédentaires noires des rives du fleuve Niger, ils rejettent l’autorité de l’Etat (exigence du départ du Gouverneur de Gao), et souhaitent créer un Etat central pour, disent-ils, éviter la domination blanche que l’accord d’Alger risque de leur imposer à travers les autorités intérimaires, le choix sélectif des personnes de peau blanche dans le Mécanisme opérationnel de coordination (faisant les patrouilles mixtes). De 2012 à aujourd’hui, beaucoup de facteurs ont changé la donne et exacerbé les rivalités qui font planer une guerre civile impliquant peau noire et peau blanche au Nord du Mali et qui risque d’atteindre le Niger et le Burkina où les germes sont déjà là aussi.

Le soutien financier de la diaspora Songhoy en France, aux Etats Unis et en Arabie Saoudite a permis aux mouvements d’auto-défense (ethnocentrique) de se réorganiser et d’organiser des patrouilles. Le soutien financier de cette diaspora, quand bien que cela soit encore faible, est en train de permettre aux mouvements de nourrir l’espoir des éléments qui les composent. Une telle donne ne fait que poser les germes d’une guerre opposant des communautés déjà rivales. (Août 2017)