Conflits entre touaregs et arabes au Mali

Le contrôle de territoire est au coeur des conflits qui existent entre communautés touarègues et communautés arabes. Pour les Touaregs, les arabes sont étrangers et ne peuvent en aucun avoir le monopole de la gestion des localités même quand ces derniers sont la couche majoritaire d’une localité donnée ou quand ceux-ci détiennent le monopole de l’économie locale. Elles partagent les postes électifs par exemple.

Mais le territoire n’est pas qu’un enjeu politique, il est aussi un enjeu économique pour ces deux communautés. Avoir le contrôle d’un territoire stratégique comme In Khalil ou Tabankort au Nord du Mali, Agadez au Niger, Djibo au Burkina c’est maitriser une partie de l’économie criminelle au bénéfice de leurs communautés respectives. Ces localités sont des plaques tournantes du trafic illicite de drogue, métier qui permet aux jeunes désoeuvrés de survivre. Le commerce légal ne permet pas à ceux-ci de subvenir à leurs propres besoins et ceux de leurs communautés, le marché étant pauvre et l’insécurité a fait fuir les potentiels clients.

Le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest s’est appuyé sur les communautés arabes et peulhs, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad et Ançardine sur les jeunes désoeuvrés touaregs. Après l’opération française Serval, beaucoup se sont reconvertis en simples commerçants et continuer à faire leurs trafics de drogue et d’armes. Mais cela ne signifie pas que les rivalités ont cessé. Car c’est à la suite de cette opération que le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) a vu le jour et a récupéré quelques éléments du Mujao et des jeunes arabes pour participer au processus de paix et de garder un oeil sur ce qui s’y décidera. C’est aussi une façon pour les Arabes de garder le contrôle sur un certain nombre de territoire, préserver les intérêts des communautés arabes.

Malgré le processus de paix enclenché sous la houlette de la communauté internationale, le MAA et la Coordination des mouvements de l’Azawad – CMA (Mnla, Hcua et Maa pro-Azawad) se sont affrontés maintes fois entre Tabankort et Kidal. Ces affrontements ont causé des centaines de  morts et de déplacés entre seulement 2014 et aujourd’hui. La ruée vers le commerce illicite est donc dû au manque d’activités et à la forte sédentarisation des communautés nomades touarègues se trouvant désormais dans le besoin d’activités génératrices de revenu et de subsistance.

Les rivalités sont également nourries par le conflit entre Arabes et Berbères en Algérie, entre communauté Berabiches en Mauritanie et Arabes (Lamhar surtout) à la frontière entre le Mali et la Mauritanie. Ceux qui sont à la tête des mouvements des deux côtés ont tous un lien avec leurs frères de la Mauritanie et de l’Algérie qui n’aimeraient pas voir une quelle conque domination de l’une sur l’autre, car cela a sans doute une conséquence sur les conflits intercommunautaires dans ces pays voisins du Mali.

L’Etat central de Bamako a aussi sa part de responsabilité dans la mesure où il n’a pas fait grand chose pour empêcher la réformation milicienne comme celui du Niger l’a fait dans la lutte contre Boko Haram en juillet 2016 dans la région de Diffa. Alors que dans des situations comme celle-ci, favoriser l’usage de la violence afin de diviser les communautés pour mieux les contrôler n’est pas la solution mais bien le problème. L’insécurité que cela engendre favorise une spirale de violence et de vengeance sans fin.

D’autres écueils historiques sont à l’origine de la relation conflictuelle entre Touaregs et Arabes. Celui des Kountas et Touaregs Iwellemendens au Mali. Ces premiers étaient les alliés des Touarges Iwellemmedans aux 18ème et 19ème siècles. Ils se sont sont ensuite retournés contre eux en faisant une alliance avec les Français lors de la conquête coloniale (Gremont 1994). Cela n’a pas manqué de susciter des rancoeurs qui continuent d’alimenter le sentiment de méfiance. (Août 2017)