Afrique de l’ouest : la bonne marche de l’intégration régionale handicapée par des défis immenses

La libre circulation des personnes, un atout malgré les tracasseries

Dès 1979 la CEDEAO (Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest) a permis à ses citoyens de circuler librement avec une pièce d’identité et sans visa, les a doté d’un droit de résidence et d’établissement, puis la création d’un passeport communautaire accepté par tous les Etats membres, le libre accès à l’emploi, entre autres. Cependant, les rackets et les tracasseries policières et douanières continuent malgré l’institution du droit pour tous citoyens de la zone de circuler librement.

La libéralisation des échanges internes

C’est le dispositif créé à travers plusieurs protocoles pour faire de la CEDEAO une Union douanière. Cela a permis à la CEDEAO de fluidifier les trafics d’importation et d’exportation, en appliquant à cet effet le même tarif douanier à tous quelque soit le port d’entrée. Le dispositif a donné naissance au Tarif extérieur commun (TEC) et la libre circulation dans le cadre du commerce. Un tel dispositif n’est pas effectif au sein même de l’Union européenne.

Paix et sécurité, l’enjeu d’une intégration mieux réussie

Il existe un cadre institutionnel pour la sécurité au sein de l’espace CEDEAO. Ce cadre est garanti par le Protocole relatif au Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Il autorise la CEDEAO d’envoyer des Forces appelées aussi « Casques blancs » dans plusieurs pays de la sous-région sous les couleurs de l’ECOMOG (Brigade de surveillance du cessez-le-feu). Elle a joué un rôle prépondérant dans la restauration de la paix et la sécurité dans les pays comme la Sierra Leone, le Libéria et la Côté d’Ivoire. Dans aucune autre région du monde, une communauté régionale ne peut intervenir dans un des Etats membres. Ce qui prouve à suffisance une bonne perspective pour l’intégration politique régionale à long terme.Par ailleurs, deux textes ont été signés par les Etats membres durant la guerre froide : le protocole de non-agression et un protocole d’assistance mutuelle en matière de défense.

Démocratie et bonne gouvernance, la CEDEAO se bat mieux

Au protocole sur la paix et la sécurité va s’ajouter en 2001 celui sur le renforcement des institutions nationales et régionale pour promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance. Les dispositions de ce protocole donnent à la CEDEAO une mission d’observation des élections, et le mandat de suspendre tout Etat membre dans lequel un gouvernement démocratiquement élu est renversé par la force militaire (cas du Mali en 2012), au détriment de la souveraineté nationale des Etats concernés.

La CEDEAO traine le pas malgré les bonnes initiatives industrielles

Il s’agit pour la CEDEAO d’harmoniser les politiques d’industrialisation pour promouvoir le développement industriel et les projets industriels. Mais les efforts restent faibles sur le terrain du fait de la forte bureaucratie qui prédomine dans les instances nationales dont les moyens et les coutumes politiques sont très différentes. La forte concurrence, l’accès au marché des principaux acteurs agricoles (les petits agriculteurs notamment) et la difficulté pour les jeunes d’auto-entreprendre dans la transformation des produits agricoles restent des défis importants auxquels la CEDEAO à travers ses Etats membres devraient s’atteler pour créer de la richesse et contribuer à la bonne distribution des ressources. Cela devrait permettre de quitter dans le système bureaucratique continu dans lequel la CEDEAO s’engouffre.

La région comme un peu partout en Afrique subsaharienne continue à dépendre fortement des importations de produits industriels. Au-delà de mettre en place la Politique industrielle commune de l’Afrique de l’Ouest (PICAO), la CEDEAO a certes mis en place l’Autorité régionale pour booster la concurrence (ARC), mais cela disperse davantage les efforts communs alors que même les ressources financières manquent.

D’autres politiques sectorielles existent qu’on ne peut pas négliger, à savoir l’essor de la téléphonie mobile et Internet sous l’impulsion d’une jeunesse de plus en plus scotchée sur leur téléphone. La CEDEAO envisage la création d’une Société informatique régionale pour renforcer le développement des Technologies de l’information et de la communication. Sans oublier l’adoption d’un livre blanc pour le développement du secteur énergétique. En passant par le dynamisme des acteurs de la société civile jouant un rôle de plus en plus actif dans le processus d’intégration par la mise en oeuvre de projets communautaires dans les domaines relatifs aux besoins sociaux de base (l’eau, les soins de santé…) et le lobbying.

Entre limites et contraintes, l’espace CEDEAO reste confronté à des défis immenses

Malgré toutes ces avancées, les mesures prises par les instances décisionnelles sont souvent limitées dans leur application effective sur le terrain à cause de l’inexistence de structure de contrôle efficace des Etats membres et leurs fonctionnaires. Parmi les insuffisances dans l’application correcte ds textes, le racket quotidien des usagers des routes terrestres notamment ; le non respect des critères de convergence permettant d’aller vers une monnaie commune. La cour de justice est une institution de plus, une coquille presque vide n’étant pas capable d’imposer des sanctions idoines.

En outre, l’économie étant fortement dominée par le secteur informel, les commerçants et paysans sont très peu outillés en matière d’information sur leurs propres droits. La contrebande des produits comme le pétrole, celle des marchandises aux frontières facilitée par la corruption des administrateurs et les groupes de lobby n’arrangent en rien le processus d’intégration régionale.

Sur le plan démographique, la très jeune population ouest-africaine poserait un grand défi socio-économique à long terme. D’où l’intérêt pour la CEDEAO de miser sur la dimension socioculturelle de développement pour la région afin d’endiguer la montée de l’extrémisme violent, l’insécurité grandissante, les trafics de tous genres, le chômage et l’injustice sociale qui sont le terreau sur lequel les jeunes sont endoctrinés. (Mai 2018)